—Vous êtes vif, camarade, vous n'avez pas subi votre temps d'épreuve; vous n'avez rempli aucune des conditions sous lesquelles on peut aborder sans crainte cette sublime catégorie...
—Et me faut-il bien du temps?
—Peut-être deux ans.
—J'abandonne ce projet, m'écriai-je: je mourrais d'impatience dans l'intervalle. Vous êtes cruel, Soberano. Vous ne pouvez concevoir la vivacité du désir que vous avez créé dans moi: il me brûle...
—Jeune homme, je vous croyais plus de prudence; vous me faites trembler pour vous et pour moi. Quoi! vous vous exposeriez à évoquer des esprits sans aucune des préparations...
—Eh! que pourrait-il m'en arriver?
—Je ne dis pas qu'il dût absolument vous en arriver du mal; s'ils ont du pouvoir sur nous, c'est notre faiblesse, notre pusillanimité qui le leur donne: dans le fond, nous sommes nés pour les commander.
—Ah! je les commanderai!
—Oui, vous avez le cœur chaud; mais si vous perdez la tête, s'ils vous effrayent à certain point...
—S'il ne tient qu'à ne les pas craindre, je les mets au pis pour m'effrayer.