Fort peu ému du mauvais état de mon lit, qui ne m'exposait qu'à être un peu plus mal couché, je le fus bien davantage de me trouver serré dans les bras de Biondetta.

«Il ne m'est rien arrivé, lui dis-je, retirez-vous; vous courez sur le carreau sans pantoufles, vous allez vous enrhumer, retirez-vous...

—Mais vous êtes mal à votre aise.

—Oui, vous m'y mettez actuellement; retirez-vous, ou, puisque vous voulez être couchée chez moi et près de moi, je vous ordonnerai d'aller dormir dans cette toile d'araignée qui est à l'encoignure de ma chambre.» Elle n'attendit pas la fin de la menace, et alla se coucher sur sa natte en sanglotant tout bas.

La nuit s'achève, et la fatigue prenant le dessus, me procure quelques moments de sommeil. Je ne m'éveillai qu'au jour. On devine la route que prirent mes premiers regards. Je cherchai des yeux mon page.

Il était assis tout vêtu, à la réserve de son pourpoint, sur un petit tabouret; il avait étalé ses cheveux qui tombaient jusqu'à terre, en couvrant, à boucles flottantes et naturelles, son dos et ses épaules, et même entièrement son visage.

Ne pouvant faire mieux, il démêlait sa chevelure avec ses doigts. Jamais peigne d'un plus bel ivoire ne se promena dans une plus épaisse forêt de cheveux blond-cendré; leur finesse était égale à toutes les autres perfections; un petit mouvement que j'avais fait ayant annoncé mon réveil, elle écarta avec ses doigts les boucles qui lui ombrageaient le visage. Figurez-vous l'aurore au printemps, sortant d'entre les vapeurs du matin avec sa rosée, ses fraîcheurs et tous ses parfums.

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