— Tiens prête-moi plutôt trente francs.
— Voilà nom d’un petit bonhomme ! deux louis.
— Je te remercie. C’est moi qui paierai le taxi…
V
Personne ne fut plus étonné que le Grand-Père quand il trouva, assis en tailleur, sur le divan de cuir des Indiscrétions Parisiennes juste au-dessous d’un dessin à la plume représentant Bertrand et Robert Macaire, Grand-Gosse, en train de fumer une cigarette.
Chauvert n’était pas arrivé, il l’attendait. Dans un coin, une dactylo tapait des bandes. Vis-à-vis d’elle, un jeune homme chauve à la figure boutonneuse découpait, dans les journaux, des articles qu’il collait dans un gros cahier cartonné. Aux murs, on voyait des affiches incendiaires, pour la plupart. L’une, en caractères majuscules, mettait en garde les souscripteurs du Dernier Emprunt. Une autre donnait les adresses personnelles des membres du Conseil d’Administration des principaux établissements financiers et des distributeurs de publicité de ceux-ci. Des dossiers soigneusement classés, par ordre alphabétique, sur des rayons, occupaient deux panneaux, à droite et à gauche de la cheminée.
Grand-Gosse, levé à demi, tendit une main molle aux deux arrivants.
— Comme on se retrouve ! Je ne savais pas vous rencontrer ici.
— La surprise est réciproque.
— Oh ! moi je suis un vieux collaborateur de la maison, dit-il en tendant son bras vers un cendrier. Rayon des mondanités — rien de la brigade mondaine…