A partir de ce jour-là, Nom-d’un-petit-bonhomme, persuadé qu’il ne remonterait plus jamais le courant, se laissa aller à la dérive.

Cette foi dans le hasard qui, jusqu’ici, lui avait permis de supporter les pires traverses, s’éteignit tout d’un coup après qu’on eut charbonné la mèche juste assez de temps pour empouacrer son cœur jusqu’à la nausée. Ce joueur qui, de fort loin, sentait son Cercle, comme un cheval l’écurie, n’y remit plus les pieds.

— Il a peur qu’on le tape, pensa l’un ; de ses créanciers, un autre ; il godaille ou court le guilledou, imaginèrent certains. Chacun se trompait.

Il vécut comme un somnambule, s’enveloppant d’un nuage de tabac et s’en remettant aux conseils du seul alcool pour prendre une décision.

Il fit mécaniquement les gestes essentiels pour arriver à subsister, à fumer, à boire aussi à sa convenance.

De sages tuyaux donnés par un garçon de café qui prenait des paris aux courses lui assurèrent une façon de matérielle. Il lui arriva même de toucher, par son entremise, 130 francs d’un coup sur un outsider. Il connut qu’il était guéri du tapis vert à ce que, ce jour-là, l’idée même des cartes ne vint pas à son esprit et en éprouva quelque épouvante. Une habitude invétérée qui vous quitte brusquement, n’est ce point comme la rupture d’un anévrisme ou comme une apoplexie ?

Il se prit à surveiller certaines absences de mémoire, un tremblement de sa main quand il écrivait, une paresse des muscles d’un côté de la figure.

La concierge ne le saluait plus quand il passait dans la cour. Il la surprit, un jour, qui amusait un fournisseur en lui contant son histoire. Ces mots arrivèrent à son oreille : « 8.000 !… cette purée ! »

Il eut l’air de n’avoir pas entendu, mais but, ce soir-là, plus que d’habitude. Parvenu péniblement à son galetas, il s’effondra tout habillé sur le lit.