S’apercevant qu’il s’attendrissait, il désentrava ses pieds nus de leur serviette chaude, chaussa des babouches et regagna sa cabine pour s’habiller. Avant de passer sa chemise, il prit, dans une poche secrète de son gilet, une petite bonbonnière de vieil argent, en sortit une pincée de coco qu’il aspira précipitamment sur le revers de la main, puis une seconde, puis une troisième.

Il se revit, tout enfant, attablé chez ce vieil oncle dont on parlait chez lui à mots couverts. Il était assis en face de lui. Sur le mur, derrière le vieillard, un pan de la tapisserie bâillait qu’agitait un courant d’air :

— Petit, ne mets pas tes coudes sur la table…

— Pourquoi ?

— Parce que ça ne se fait pas.

— Et pourquoi ça ne se fait-il pas ?

— Parce que…

— Parce que quoi ?

— Tu es trop curieux ; les enfants ne doivent pas être curieux.

— Vous croyez, mon oncle ? Nous dînons seuls ici, mon père et ma mère n’y sont pas. Pourquoi me parlez-vous comme eux, alors que je sais…