Ce retour de l’enfant prodigue. Il avait dix-huit ans, alors. Son père et sa mère vivaient encore…

Quand il arriva à la grille du jardin, il fut étonné de ne pas entendre les cris du veau gras qu’on devait être en train d’égorger. A table, comme on servait de la brandade de morue, il en eut l’explication : c’était un vendredi, jour maigre. S’il n’avait su de longtemps être né sous l’influence de Saturne, il en eût été convaincu à ce signe…

… Mon Dieu ! quelle heure était-il donc à son cœur pour qu’il remarquât que la petite cousine de ses quinze ans avait (on ne trouve donc pas de crème Simon en province) les lèvres gercées ?…

… Dès le café, il avait compris qu’on ne le consulterait jamais que par politesse, lorsqu’il y aurait des invités.

Le curé avait dit, en s’asseyant comme pour toujours :

— Le voici donc, ce cher enfant prodigue !

Et, immédiatement, on avait parlé d’autre chose…

… L’après-midi se traîna interminable. C’est après les repas, ou avant, qu’on ne sait vraiment qu’entreprendre en province. A quatre heures, il y eut le crissement de souliers ferrés sur les dalles du corridor. Et la voix de l’oncle revenant de la chasse :

— Eh bien ! mon gaillard, te voilà réacclimaté dans ce pays ?… Enfin, tu t’es mis un peu de plomb dans la tête.

Et ce bruit de fusil qu’on pose dans un coin !…