Bien que c’en soit un peu trop, comme de cuisine, mêlé ce snobisme qui n’est pas le moindre — celui des gens de lettres — ne convient-il point, en effet, et de plus en plus, d’aimer les clowns ?
Eux seuls traduisent fidèlement le rythme de ces heures-là que nous vivons entre un accident d’auto et un tour de charleston ou un air de jazz. Cette confiance massive en son propre génie qui, dans la bousculade démocratique, est la loi même du succès ne l’enseignent-ils point excellemment, pour qui sait lire entre les lignes, de toute leur candeur désarmante ?
Ce n’est point sur l’Acropole — mais bien plutôt à Médrano — que nos contemporains ressaisis vont faire leur action de grâce.
Dans son bureau de sollicitor meublé de chêne clair, à l’américaine, Fred Matchless nettoyait soigneusement, ce matin-là, avec la petite lame de son canif d’acier plat, ses ongles spatulés d’ancien boxeur. Tout en fumant un long et gros cigare bagué d’or, il tendait alternativement ses épaisses semelles de crêpe à un radiateur électrique.
Le garçon de bureau, après avoir frappé, entra pour la seconde fois :
— C’est encore ce Monsieur que je vous ai dit…
Fred tira deux méticuleuses bouffées et laissa tomber, du bout des lèvres, ces paroles négligentes :
— Une purée, sans doute… des cartes de visite qui ne sont pas gravées… et du temps à perdre comme tous ces pierrots-là qui sont raides !… avec ça des boniments à la noix… total, une demi-heure d’emmerdement — et pour la peau… Fais-le entrer tout de même… on verra bien…
De son cigare il indiqua un siège au visiteur et, selon son habitude, attendit avant de lui adresser la parole, faisant ainsi preuve, sans y avoir réfléchi le moins du monde, d’une savante diplomatie.