— En tout cas, ça ne s’est pas su.

— Tu m’amuses, ma parole, on te dirait pondu d’hier ! Est-ce qu’à Paris on se souvient ? Un mois passe sur une photo parue dans un canard et l’on ne se souvient plus si c’était un cliché anthropométrique, la frime du prince de Galles ou celle du champion du dernier match de rugby…

— C’est entendu, mais tu m’avoueras, de toi à moi, que Guillaumet a été un peu fort. Une autre condamnation et il risque d’être relégué.

— L’amnistie sera là pour un coup… Il compte même sur toi pour…

La sonnerie du téléphone les interrompit. Fred Matchless se pencha sur l’appareil :

— Le Nouveau-Journal, parfaitement… La direction, elle-même… Ah ! c’est vous, Maublanc, je suis bien content de vous avoir au bout du fil…

Ayant passé un des récepteurs à Grand-Gosse, il continua :

— … pour une engueulade, vous allez avoir une engueulade. J’ai envoyé quelqu’un à la Chancellerie… trêve de boniments, il n’y a aucune objection de ce côté-là… par conséquent, c’est votre patron qui met des bâtons dans les roues, nous lui revaudrons ça au prochain tournant. Mais si, mais si, comme je vous le dis !… Quant à vous, mon petit, vous savez ce que vous savez… donnant, donnant… C’est comme pour la naturalisation de Goldensohn, cela traîne de façon un peu trop exagérée. De vous à moi, je peux vous dire que Goldensohn commence à s’impatienter… Oh ! rien encore… Ne vous alarmez pas, mais enfin, mettez-vous à sa place… Je sais bien qu’il peut le faire et je suis le dernier à le plaindre, mais comme il dit « moi je sème, je sème toujours et la récolte elle ne vient pas du tout, mein Gott ! »

Ce fut à Grand-Gosse de lui succéder à l’appareil :

— Mon vieux Maublanc, je t’avertis que ça ne va pas du tout pour ton matricule. J’ai vu le président, à l’issue du Conseil des ministres hier… tu n’es pas sans ignorer comme il porte ton patron dans son cœur… ce n’est rien de le dire… la solidarité ministérielle, quoi !… Or, tu sais aussi bien que moi que les « papiers » de Jules Sorbier dans l’Éclaireur de Paris passent à juste titre pour être inspirés par lui… et tu l’as vue la petite note de l’Éclaireur de Paris de ce matin… Nous avons hésité pour savoir si nous ne la ferions pas figurer dans notre revue de la presse… Notre chef d’informations l’avait déjà envoyée au marbre… c’est moi qui l’ai arrêtée… Oh ! tu n’as pas à me remercier… encore du moins… elle est composée… on peut reprendre cela avec un commentaire, demain, en guise d’éditorial… à moins que… (Mademoiselle, ne nous coupez pas…) Quoi ? quoi ? tu demandes les conditions ? mais on te les a dites : la croix à laquelle nous avons droit et la naturalisation de Goldensohn… à moins que vous ne préfériez la guerre. C’est à prendre ou à laisser. Au revoir, mon vieux, mon bon souvenir à ta ravissante poupée blonde…