Il la prendrait tout à l’heure. Il y avait quatre ans qu’ils se désiraient. Elle eut peur.
C’est à l’hôpital du lycée Carnot, à Dijon, où elle était infirmière, qu’elle l’avait connu. Il y était soigné pour des troubles nerveux consécutifs à un commencement de commotion provoquée par l’éclatement d’un obus.
Il profita de son état pour lui tenir des propos ignobles, ayant un besoin maladif de lui faire et de se faire du mal. Elle le comprit et elle qui se gardait jalousement depuis une déplorable aventure de sa dix-huitième année, connut que si elle se donnait à un homme un jour, ce serait à lui. Il avait, sans le savoir ni le vouloir, pris le meilleur moyen pour lui plaire qui était de se rendre odieux à ses regards.
Un dimanche, étant sorti en ville avec les pires voyous d’un régiment colonial, il rentra ivre et l’ayant rencontrée dans un couloir il l’insulta. Elle eût dû le faire punir. Elle ne le fit pas. Le lendemain, elle alla le trouver dans la bibliothèque. Il y cataloguait les livres. On l’en avait chargé, comme étant le seul parmi tous ces soldats pour la plupart illettrés, à pouvoir s’y employer.
— Vous m’avez fait beaucoup de peine hier, dit-elle.
Il ne répondit pas.
Elle hésita un moment, puis :
— Votre mère vous écrit-elle quelquefois ? demanda-t-elle en rougissant.
Il fit non de la tête.