Sa vie, à partir de ce moment-là, ne fut plus qu’un repliement. Elle était aux écoutes d’elle-même, s’auscultant inlassablement pour essayer de discerner en elle l’être véritable, celui sur lequel n’avait pu mordre l’écœurante réalité et qu’elle prétendait, malgré qu’elle en ait, capter à sa source, à seule fin de défier la destinée. Elle était toute en retrait pour l’élan magnifique d’elle-même, de la Nicole d’avant, vers l’élu de sa chair et de son esprit.
La guerre vint. Elle se dévoua dans les hôpitaux, sans entrain, par besoin d’activité et pour se confronter aussi, elle la victime, avec d’autres victimes…
Elle s’était habillée comme pour sortir, ne voulant pas, par une sorte de coquetterie inconsciente, avoir l’air de l’attendre.
Dès son entrée et avant que de s’asseoir sur le divan qu’elle lui indiquait d’un geste, il avait compris son manège :
— Si vous avez une course urgente à faire dit-il, permettez-moi de vous accompagner, ma voiture est en bas.
Elle rougit :
— Mon ami, dit-elle, je vous attendais, mais j’étais impatiente.
Il la regarda. Elle ne mentait pas.
— Vous êtes gentil, continua-t-elle, d’avoir répondu à mon appel, car c’est moi qui ai voulu vous voir. Quelle surprise ça été que notre rencontre à cette répétition générale, depuis le temps… depuis Dijon…