Nicole expliqua tout de trac, sans la moindre précaution oratoire, et la moindre rouerie féminine, son cas. Elle était gênée, très gênée… elle n’en pouvait plus… et elle n’avait jamais appartenu à aucun homme…
Un sourire de doute, sitôt apparu que disparu, passa sur les lèvres carminées de Mme Florence de Bligny, mais devant le regard de révolte de la visiteuse elle se ravisa subitement :
— Évidemment, évidemment… mais elle ne voulait pas d’ennui… Vous comprenez… on apprendrait… Toute femme qui n’a pas vingt et un ans sonnés…
Nicole s’impatientait visiblement. L’entremetteuse, ayant peur de laisser échapper une occasion aussi rare, se décida enfin…
Cela se passa le soir même dans un entresol voisin. Un gros homme chauve, bégayant, qui, après lui avoir dit qu’il avait occupé un des postes les plus importants de l’État, s’affola, voulut se ressaisir. Elle était devant lui comme une somnambule.
Lorsqu’elle cria de rage et de douleur sous l’abominable blessure, il prit peur :
— A…lors !… a…lors…! c’é-c’é-tait… vrai !… Moi… je… pensais… je croy… croyais… On… me… l’a… fait… fait… si… sou…vent !…
Quand elle rentra à son hôtel, une heure après, les nerfs tendus à en mourir, on lui remit une dépêche. Son oncle et sa tante de Dieppe avaient été tués la veille dans un accident d’auto. Comme elle était leur unique héritière, elle devait, à sa majorité, toucher 650.000 francs environ…