— Je vous dis qu’il a du plomb dans l’aile — et je ne parle pas des intrigues de couloirs.
— Il a une presse excellente, avança quelqu’un.
— Excellente… avez-vous vu certain petit filet dans le dernier numéro des Indiscrétions Parisiennes ?
— Le canard de Chauvert, une feuille de chantage, ça ne porte pas.
— Comme si toutes les feuilles, observa avec détachement un vieil adolescent au sourire désenchanté, ne sont pas plus ou moins des feuilles de chantage ! Ce que vous appelez chantage dans un hebdomadaire, s’appelle campagne dans un grand quotidien, mais le plat est le même, rien que la sauce le plus souvent, de changée. Il y a, d’un maître-chanteur professionnel à un leader politique, la même différence qu’entre une rôdeuse des boulevards extérieurs et une demi-mondaine. D’ailleurs, on a tort de dire du mal du chantage. Il est à la base de toutes les sociétés. Pas une tractation où il n’intervienne. Dieu lui-même en a usé avec sa créature et vous n’ignorez point le rôle que joue, dans l’amour, le chantage sentimental.
— Trêve de paradoxe, interrompit un obscur péquenaud endimanché, à face de pédagogue.
— Ceci n’est pas du paradoxe, poursuivit le vieil adolescent. Je me propose d’écrire un jour un Éloge du Chantage. J’y parlerai de ses lettres de noblesse : Aristophane, Machiavel, le divin Arétin, qui, entre parenthèses, ne s’embêtait pas avec ses Arétines, l’Étoile, Scarron, Ben Johnson, etc… etc…
Mais un homme l’entraîna. Il avait une tête de philosophe et une barbe de fleuve :
— Vous jetez des perles aux pourceaux, mon ami. Avez-vous pu vous imaginer un seul instant qu’ils connaissent un nom, un seul, de ceux que vous leur citez… Puis croyez-moi, il convient de ne point parler de corde dans la maison d’un pendu.
Cependant le nain continuait à justifier ses prévisions :