Sa carrière était close, maintenant, du moment qu’il avait abouti à trouver, pensait-il, le gendre de la main gauche de son choix.
Qu’eût-il dit, pauvre vieil homme, si le souci des convenances lui avaient permis de jeter un coup d’œil furtif sur la scène qui se déroulait dans le petit salon attenant à la chambre de Nancy Nangis.
Ayant revêtu un pyjama de soie violine, la comédienne, à qui la quarantaine avançante communiquait un épanouissement de la poitrine et des hanches, plus propre à satisfaire un sectateur d’Allah ou de Iaveh que du Dieu des Chrétiens, avait, sans autre préambule, ouvert ses bras pour les refermer sur ce Grand-Gosse qu’elle désirait depuis le premier jour où son père — combien d’années déjà, et celles de guerre qui comptent doubles ? — lui en avait parlé.
Cette attaque brusquée déconcerta le jeune homme. Il fut un moment avant de pouvoir retrouver son souffle.
De tout son poids, elle s’était nouée à lui. Il sentait ses seins se soulever contre sa poitrine. Les cuisses musclées emprisonnaient les siennes comme dans un étau. Les lèvres collées à ses lèvres, elle fouillait sa bouche d’une langue avide. L’odeur d’œillet et de poivre — d’encens aussi — de son aisselle lui monta au cerveau. Il allait se laisser entraîner vers le lit, quand les yeux révulsés déjà, elle essaya d’un geste plus précis.
Grand-Gosse, se rejetant brutalement en arrière, éclata d’un mauvais rire :
— Femelle ! lança-t-il.
Elle eut un regard d’angoisse.
— Oui, comme toutes les autres ! insista-t-il.
Elle avait mis ses mains aux tempes, le regard fixe comme celui d’une folle. Il lui sembla que ses jambes allaient céder sous elle. Elle battit l’air, chancela et dut s’affaisser lourdement sur le divan. Des sanglots montèrent à sa gorge. Elle crut un moment qu’elle allait étouffer, puis les larmes jaillirent et elle se mit à pleurer doucement, en silence…