Un soir, papa m’a demandé: «Tu es mal? tu souffres?» Il paraît que je lui ai répondu: «Je n’ai pas mal, c’est bien pire que ça.» Etait-ce le soir que la religieuse récita, avec les tantes et Miette, les prières des morts?

Or ce n’était pas «pour cette nuit», comme on avait dit dans le cabinet de toilette. Et j’ai vu l’aurore, d’abord sur une serviette, près de la commode. Une aurore de plus!

On devrait vous laisser le nez contre le mur. Il ne faut ni bouger, ni parler, quand on meurt.

Eh bien, j’y réfléchis tout le temps: la mort n’existe pas! La mort est une invention des prêtres. Du moins, nous ne pouvons la concevoir. La preuve? J’en reviens, donc je sais, moi! Non, ça n’existe pas! L’après-mort, c’est encore comme ici-bas.

Ils vous font une peur avec leur mort!

J’ai dit à M. le Curé (mais il ne comprend pas puisqu’il croit!):—M. le Curé, (ceci bien après mon essai de purification, lectures pieuses, vie des saints).—Alors vous concevez les tortures de l’Enfer, la punition (punition de quoi?) et les félicités éternelles?—Mais comment?

Elles sont morales, mon enfant!

Moi, M. le Curé, je ne puis concevoir les délices que sous le rapport des sens!... La lumière éternelle est pour moi comme une belle promenade dans les champs, quand le soleil bas vous baise; et encore, si tu l’as dans les yeux, il est assez gênant, et tu aurais envie de marcher en sens contraire, de lui tendre le dos.

Regarder le bon Dieu, face à face, mon enfant! Voilà la félicité.

M. le Curé, Dieu ne peut pas être plus beau que le soleil! Décidément, je conçois mal les félicités du Paradis...