Je n’ai pas confessé mes terreurs! Je pensais: Dieu cet inconnu d’après, si tout était autrement? Non, non! La vie ne serait pas possible, si tout cela n’était pas une convention; les jeunes gens semblent mourir et en reviennent.
Donc je me suis levé, ce matin, et par la fenêtre, apercevant ce spectacle de dévastation, là où ce fut tout vert, tout beau, quand je tombai malade, je ne fus point effrayé puisque je connaissais la mort. Je me suis remis au lit avec délices. Oui, M. le Curé, la tisane bouillait, la sœur disait son rosaire... M. le Curé, c’est une plaisanterie, votre mort? Ou bien expliquez-moi, chrétiennement je vous prie, l’hiver, l’été et les félicités éternelles, les Béatitudes spirituelles...
Darius croit à la métempsychose et à la théosophie. Mais si je ne conserve pas ma personnalité... je serais comme les arbres, les pommiers de la ferme?
Je me relis et crains que ma tête ne soit encore faible un peu trop pour que je raisonne.
Je ne veux plus voir M. le Curé.
L’idée de la mort, telle que les prêtres et les parents nous la présentent, fait partie des restrictions de l’ordre moral, détruit l’existence de l’homme, à mesure qu’il la construit.
La chienne Trilby est restée dans ma chambre. Pauvre bonne bête! Darius m’a envoyé un poème exquis écrit par un garçon du midi, De l’Angélus de l’Aube à l’Angélus du Soir.
LA PENSÉE DU CHIEN
O mon cher maître aimé! Quand tu me donnais des coups
je t’aimais. Près de toi, j’ai passé de longs jours,
mais maintenant ta voix ne sait plus m’appeler.
Je me souviens des jours où j’étais à tes pieds
et tu me regardais avec tristesse. Quand j’étais
un tout petit chien, tu me donnais du lait tiède.