—Oui maman, bravo!
Et puis il se tait.
—Qu’as-tu donc, Georges? Ta pensée n’est plus ici! Ne dis pas le contraire, je le sais, j’en suis certaine, je lis cela dans tes yeux, aussi tu les détournes de moi! Nous ne causons plus comme jadis, tu es ailleurs, oui, ça se voit, ça se sent! Certes, j’ai voulu pour toi tout ce que j’espère que tu possèdes maintenant; j’ai cru que, loin de notre Sainte Perrine de Passy, le succès, les fréquentations du monde illumineraient ton visage; et, au contraire, maintenant que tu as toi-même réalisé mes ambitions, je te devine plus tendu, plus agacé, plus nerveux... As-tu, dis moi cela, mon chéri (je ne t’en ai pas parlé à cause de ton père)... as-tu revu Mme Peglioso?
A ce nom Georges a envie de s’écrier:—Non, maman! Pas ce nom là! C’est justement celui qu’il ne fallait pas prononcer ici, ce soir. Mais il se maîtrise, par pitié, par respect...
Avec la maladresse des mères et des amantes, Mme Aymeris insiste:
—Tu me parles toujours des calques que M. Degas te conseille de faire; dessiner, dessiner! Et peindre donc? Ce portrait que tu devais faire avant ta fièvre, la Princesse y renonce-t-elle?
La maladroite! Chère maladroite!
Sa mère déclenche un ressort qu’il croyait brisé.
L’atmosphère s’alourdit dans la pièce sombre, elle sent la poussière des anciens tapis de Smyrne, le feu de bois vert. Le carlin Trilby ronfle sur les genoux de sa maîtresse, qui lisait du Sylvestre de Sacy; Georges essaye de regarder attentivement les dos de livres dans la bibliothèque: lequel choisira-t-il? Des ouvrages de droit, l’Histoire de l’Empire par M. Thiers, Montesquieu, Guizot?...