—Qu’est-ce que tu cherches, chéri? Moi, je me replonge dans Port-Royal.
Mais cette religion cruelle de sa mère est en même temps une religion de révolte, une arme à deux tranchants. Mme Aymeris est toute hérissée et, après un silence, comme elle ne se tient jamais pour battue, elle éclate:
—Dis-moi, mon Georges, je voudrais savoir: crois-tu que la Princesse t’ait préféré aux autres? Parlons un peu d’elle! Voyons! raconte, raconte, je te trouve beau comme un prince. Voyons, dis, elle a été folle de toi?
Alors Georges n’y tenant plus:
—Maladroite! maladroite! maladroite! C’est toi, mère insensée, cruelle, innocente, pauvre maman, c’est toi, c’est toi, c’est toi qui faillis causer ma mort! Tu m’as jeté dans les griffes de la Sirène, oui c’est toi! et après que j’ai réussi à oublier mon mal, c’est toi qui rouvres la plaie!... Je ne viendrai plus à Passy, il ne faut plus que j’y vienne, c’est le poison, ici j’étouffe! Il est temps pour moi de vivre; songe donc, maman, que je n’ai pas encore vécu!...
Georges s’emporte dans une de ces colères enfantines qu’ont, aux moments les plus inopportuns, les êtres timides qui toujours dissimulent par nécessité ou par convenance. Il empoigne ses cigarettes et au lieu d’en allumer une, jette la caisse d’argent contre une fenêtre, brise une vitre.
—Georges? Es-tu subitement devenu fou?
La voix de Mme Aymeris tremble, les mots s’achèvent en hoquets comme ceux d’un enfant qui va pleurer. A mesure que Mme Aymeris pâlit, Georges se sent plus honteux de sa colère et de sa faiblesse; sa mère se lève, va vers lui, lui pose une main sur la bouche, l’autre sur le front, comme durant la fièvre à Longreuil.
—T... tais... tais... t...oi! Est-ce que M. de Sarjinsky aurait dit vrai à ton père? Tu es effrayant!
Alors il se jette à ses pieds et, la tête à la renverse: