Les dentistes ne travaillent pas le soir. Rosemary aura «fait des courses». Le Bon Marché, le Louvre? le Printemps? Où? Pas de réponse.
—On arrive toujours à temps au théâtre, dira-t-elle négligemment.
—Mary, Mary! Et moi qui me morfonds sur le trottoir! La concierge m’avance une chaise dans sa loge, mais je préfère, naturellement, à Mme Bard et ses ragots, le silence de la rue, l’oreille aux aguets pour reconnaître le son de ton pas, ton odeur, dès le tournant, à gauche. Ton odeur! ô Rosie! je vais toucher tes cheveux, ta peau froide...
Février...
Il lui échappe parfois des mots où sa véritable nature, noble et fière, sensible, réapparaît soudain; mais elle les regrette aussitôt dits. Hier, comme elle résistait à mes ordres après ses épuisantes bronchites, j’annonce que je vais la faire ausculter. Le Docteur Martin s’occupera d’elle. Mary affirme qu’elle ne s’est jamais sentie plus forte. Je perds patience et lui dis:—Triste jour, celui où je t’ai connue! Depuis que je t’aime, ma vie est telle, que je voudrais que nous ne nous fussions jamais rencontrés.
—Pas moi, fait-elle, que serais-je devenue sans toi?
Une pareille réponse vous chavire le cœur. Nous restâmes tout le soir la main dans la main. Les pauvres, qui ne peuvent pas s’extérioriser par la parole!
Février 17.
Mary tousse, elle a de la température. J’ai perdu confiance en le docteur Martin; il me fallait bien demander à mon père une lettre d’introduction auprès du professeur Lardan, spécialiste des voies respiratoires; papa me demande auquel de mes amis est destinée cette lettre.
—Pour un de mes anciens modèles.