Et je ne me contiens plus, je lui parle avec attendrissement de Rosemary, j’en ai peut-être trop laissé entendre!

—Il y a longtemps que je te suis—m’a-t-il avoué—je n’osais rien dire... Avec ta maman, tu n’es plus le Georges d’autrefois: Georges, tu as des préoccupations hors de chez nous... tu aimes quelqu’un. Ne me dis pas qui. C’est une malheureuse? Cela suffit.

La terrible réserve de papa! Comme il aimerait Rosie! A-t-il compris? Tout de même, le mur est plus haut entre nous! Trop tard: le brave homme n’aurait plus la force de faire le geste. D’ailleurs, il se désintéresse, chaque jour davantage, de tout, de moi. Il semble regarder l’au-delà. Sa voix est méconnaissable, M. Lardan ne m’a pas caché ses craintes....

Emmené Rosemary à la consultation. Dans le cabinet du docteur, une scène: elle ne voulait plus de ma présence à cette visite; donc je me retire dans un salon d’attente; mais au bout de cinq minutes, le professeur me rappelle, Rosie est incapable d’expliquer ce qu’elle ressent. Quand je la vois déshabillée sur un sofa, je me détourne.—Vous l’avez souvent vue comme ça, n. de D.!—dit cet animal de Lardan. Ça vous gêne?

—Mais, docteur, pourquoi la dévêtir complètement?

Ces médecins restent toujours les odieux carabins de l’Ecole, leur indiscrétion est telle que papa saura tout, Lardan a déjà peut-être fait des plaisanteries obscènes; et comment exprimerais-je à ce rustre la qualité de mon sentiment pour la petite?

Papa comprendrait, si j’avais le courage de me décrire! Sentiment tout à fait genre papa. Et cependant?... La plupart des gens ne comprennent que ce qu’ils ont eux-mêmes ressenti.

Au retour de la rue de Rennes (il était dix heures, M. Lardan n’ayant que sa soirée de libre), Rosette fut plus silencieuse que de coutume.

Nous passâmes une demi-heure au Concert Rouge. On jouait un trio de Schubert, assez plat (sauf le scherzo). Rosemary verse une larme.

—Pourquoi on ne va pas plus souvent à la musique?