La monomane finlandaise était absente, lors de ma visite, mais je pus jouir de ce spectacle: Aymeris corrigeant une fraülein von Schmutzig, jolie et fine blonde qui avait, par touches verticales, peint en vert et bleu, une figure d’ondine, d’après une Napolitaine grosse à pleine ceinture et couleur de cire à parquet.
Aymeris s’excitait:—Voyons, fraülein! Vous me parlez de Cézanne et de votre vision personnelle..., mais votre étude ressemble à de l’Aman-Jean, copié par une élève de Lévy-Dhurmer!
Fraülein von Schmutzig grogna:—Je ne connais pas ces noms-là. Je suis sincère, j’ai ma vision personnelle...
—Mademoiselle, si telle est votre vision, au moins construisez!
—Je vois la nature en longueur, bleue et verte.
—Très bien, mais construisez, faites des «volumes» qui se tiennent! Allons! passez-moi votre palette et vos pinceaux, je vais démontrer qu’on peut construire, même en bleu et en vert! Nous voyons tous de même, si nous rendons, recréons différemment.
—Monsieur! Ne touchez pas! Je veux être personnelle!
Les autres élèves riaient. La massière pria fraülein von Schmutzig de laisser le «patron» donner sa correction au pinceau, sur la toile verte et bleue.
Et Aymeris, assis à terre, exécuta dans la technique «à touches verticales» de l’Allemande, une grosse Napolitaine, bleue et verte, un vrai Schmutzig; et cela à la grande joie des élèves. Aymeris s’appliquait. On faisait le silence. Tout à coup, un tabouret roula par terre, il y eut un cri étouffé. Fraülein von Schmutzig pleurait.
—Chè ne feux pas de la degnique! Chè fiens à Paris pour faire de l’esdédigue! Es ist aber zu!... murmura-t-elle, et elle se trouva mal. On l’emporta dans le vestiaire, quelqu’un alla chercher un fiacre qui reconduisit chez elle l’émotive fraülein von Schmutzig.