Mes compagnons sont, comme la plupart des Italiens que j’écoute causer, esclaves de l’Allemagne. Dans quelque endroit que j’aille, j’ai la sensation que la parole d’un Français n’est jamais prise au sérieux. Dans un Salon, au Grand Hôtel, dans une Ambassade, dans un train, un Français n’a plus sa place. Hélas! je dois à la vérité que le spécimen courant de mes compatriotes sort je ne sais d’où. «Dear me!» que nous sommes donc mal représentés en dehors de chez nous!...»
Volterra, 15 avril. (Cette lettre adressée à moi-même).
«Mon cher ami,
«C’est, en effet, très mal, de ne t’avoir pas répondu. Mrs Merrymore, ai-je pensé, te tenait au courant de mes faits et gestes, comme de la santé et des études de James, auquel tu témoignes tant de dévouement. Mrs Merrymore devait s’arrêter à Paris, avant de s’embarquer pour Florence, elle t’aurait montré ton filleul, puisque tu as fini par être le parrain de James—encore une des charges que toi et Cynthia avez prises en cachette. Les théories de Cynthia la font agir, sans me prévenir, et feindre de croire que c’est moi qui agis. Point juste, cela! J’ai cru James baptisé, dès après sa naissance, dans la Nièvre. Il sera donc deux fois baptisé. Et son état civil? En avez-vous refabriqué un, en Angleterre? Mrs Merrymore, avec laquelle je fais parfois un tour en automobile, ne m’a rien dit. Elle me traite en «lunatic», mais mon équilibre est parfait. James est dans la joie. Il apprécie ce que je lui montre. Je n’ose plus presser mon amie de revenir à Florence, quand elle aura reconduit James à l’Ecole. Nous évitons toute allusion au passé et a l’avenir, je suis comme mes parents, qui ne causaient de leurs affaires qu’avec les autres, d’où perpétuelle apparence d’hypocrisie, manque de sincérité: la crainte engendre la dissimulation, le mensonge même. D’autre part, Mrs Merrymore m’évite de ces soucis matériels, où je me perdais—et toujours le même regret me ronge... mais peut-être bientôt se ravisera-t-elle, puisque déjà elle ose voyager seule avec moi?
Donc nous voyageons en Toscane. A la fin du mois, je commence un double portrait, pour remplir les trous creusés dans ma caisse par tant de mains. Je te consulterai de vive voix, au sujet des affaires de Darius Marcellot. Mrs Merrymore me supplie de ne pas retourner à Florence, à cause des Marcellot. Quand elle sera à Londres, je lui apprendrai où je suis. Il y a urgence.
Et toi, mon cher?.»
Lettre à Mrs Merrymore.
Florence, fin avril.
«Chère amie,
«Je vous ai désobéi, je suis à Florence.