—«Ne laisse jamais une place vide, tôt ou tard quelqu’un s’y glisse»—dit Léon Maillac, qui comme Mme Demaille citait volontiers des dictons.

—S’y glisser, ce n’est pas la manière de Marianne Demaille, la pauvre bonne. Si son genre de bonté répond aux besoins de Pierre, tant mieux pour elle! moi, je juge, je tiens à décider, j’ordonne même, dit-on. Alors M. Aymeris dissimule pour n’en faire qu’à sa guise, et le tour est joué! Il n’y aurait pas de quoi fouetter un chat, si l’avenir de Georges... Enfin, je tiens les cordons de la bourse... Pourquoi complotent-ils? Pourquoi retire-t-on les clefs du classeur, où ils rangent les lettres de quête? Ils complotent comme des gamins...

On ne complotait pas rue de la Ferme et Mme Aymeris le savait mieux que quiconque.

L’avocat s’y rendait avant le dîner. Mme Demaille allait ouvrir la porte, dès que les roues de la voiture grinçaient contre le trottoir, et elle riait dans l’escalier:—C’est vous, Monsieur? Vite! Vous m’abandonnez donc? Je croyais que vous ne viendriez plus! Hier, dix minutes en retard; aujourd’hui un quart d’heure! D’où venez-vous, si je ne suis pas indiscrète? Encore de chez vos serruriers aux quatorze enfants, ou de chez quelqu’autre de vos indigents... Et moi, ne suis-je pas une indigente aussi?

M. Aymeris une fois dans le salon déboutonnait sa pelisse, déposait son chapeau sur la table, mettait une calotte de soie, il était chauve et craignait les refroidissements.

—Ah! ma bonne, des reproches? Vous aussi?

Et Mme Demaille le faisant asseoir près du feu, déficelait devant lui deux paquets noués de faveurs bleues ou roses, qu’elle enroulait à ses doigts.