Mme Demaille rendait compte de sa journée:
—J’ai fait un tour de visites à mes contemporaines, puisqu’elles ne sortent plus. A notre âge, on ne doit pas se laisser engourdir. Nous ne sommes plus que trois de chez Mlle Sauvant! Donc, j’ai été chez Mélanie, et puis, en revenant, j’ai pris un petit fiacre, oui monsieur, pour faire vos emplettes: un brave homme de cocher, un cheval boiteux—ils n’allaient pas trop vite, rassurez-vous! Voici vos commissions, monsieur: des gants du Tyrol, la spécialité de la rue Chauveau-Lagarde, la petite boutique près du marché...
—Oui, je sais, ma bonne!...
—Ils sont un peu plus clairs que les derniers, monsieur; et puis il n’y a plus de bretelles souples en tricot rouge: il a fallu les faire faire chez Aucoc. Enfin les voici. Vous plaisent-elles? Ça a pris du temps! Chauffez-vous les pieds, mon ami, vous devez les avoir froids, il n’y a rien de mauvais comme le froid-(t) aux pieds...
—Ma chère, on ne lie pas le d de froid!
—...Thonérieux ne fabrique plus de ces grosses semelles doubles, cousues comme jadis. Ces fournisseurs sont tout à la moderne! Quelle farce! Enfin! mais, dites-moi, vos gens de Vaugirard, comment que ça va, monsieur?
—Ah! ma bonne! Je vous en prie, qu’est-ce que cela vous coûterait de dire ça va-t-il? Vous faites encore le bébé!
Me Aymeris ramène sa calotte de soie sur son nez. Mme Demaille minaude.
—J’en r’deviens peut-être un, de bébé! C’est pour ça que j’ai besoin de vous, mon jeune papa!
—Ah! ma bonne! non!... de bébé!... pourquoi de?