Evariste Blondel résistait, en même temps, aux prières de la princesse Peglioso.
Lucia voulait appeler dans sa ménagerie ce Georges Aymeris dont la peinture était discutée; et son imprudence de langage, ses opinions en art, l’antipathie même qu’il inspirait à ses camarades, feraient de lui une bombe, un explosif de plus dans le riche arsenal de l’avenue Montaigne.
Blondel se sentant prêt à capituler, osa répondre:
—Princesse, le fils de mon vieil ami ne verra pas ce que vous avez fait du professeur Blondel. Si je vous l’amène, son entrée chez vous sera le signal de ma sortie.
L’histoire qui va suivre offrirait la matière d’un roman. Je conterai jusqu’à la fin, une existence trop riche en aventures sentimentales; mais je ne donnerai ici que certaines pages du journal de mon héros; le lecteur de ces mémoires incomplets remplira les intervalles.
Du journal de G. Aymeris
(vers 1885).
Que s’est-il passé? Excellent M. Blondel! Quel brusque changement d’attitude! Le président avait refusé; M. Blondel était intransigeant aussi. De moi-même, je n’y aurais plus songé. Et me voici, au bout d’un mois, plus différent du Georges d’avant Pâques, que ce Georges-là ne l’était alors du Georges de sa première communion. Si cela devait toujours ainsi durer! Si je pouvais mener de front les deux existences: chez nous et à l’avenue Montaigne! Maman l’aura voulu: après les cocottes de Beaudemont-Degetz, la plus divine des femmes! Je ne ferai donc pas défaut à maman? Mais, M. Blondel, comment a-t-il fait cela? Je sens que l’avenue Montaigne absorbe déjà une part de mon être. Mais pourquoi ainsi l’ont-ils voulu, pourquoi?
Je suis invité à dîner pour mardi, mercredi, vendredi. Je dois même déjeuner avec la princesse tous les matins, tant que dureront les séances de pose. Je fais des croquis, des masques au pastel, comme Latour, pour m’y préparer. On ne résiste pas à cette Sirène.