Je retranche deux cahiers de Georges (hiver-printemps) qui feraient un chapitre non publiable. Il nous faut poursuivre l’histoire de notre héros.

Longreuil, juillet.

Cette année, mon père viendra plus souvent nous voir. Il a loué, pour Mme Demaille, une maisonnette près d’ici, le Dr Brun ordonnant à papa d’interrompre ses œuvres charitables de Paris. Papa n’est pas bien portant, il change physiquement; maman se tourmente à son sujet. Bien heureux que Mme Demaille se soit, après quarante ans sans en sortir, décollée de la ville, et qu’elle soit si robuste pour son grand âge.

A quelques kilomètres de Longreuil, c’est une ancienne chaumière adaptée par ces folles Anglaises qui étaient venues y faire de la gymnastique eurythmique, avec leurs petites élèves de Drury Lane. Elles furent expulsées à la suite de leurs bains trop eurythmiques dans la mer.

Il est plaisant que Mme Demaille ait pris leur place. Le vieux Josselin nettoie, époussette, peste, en attendant sa patronne. Dans une quinzaine de jours, il faudra que je m’absente. La Princesse est encore avenue Montaigne, elle m’a fait promettre de retourner la voir pendant les vacances. Elle sera peut-être moins entourée; on l’approchera dans d’autres conditions. Nikko, le mystérieux Slave, doit aller faire sa cure au Mont-Dore, moment opportun pour fréquenter l’hôtel Peglioso; moi, je crois a Nikko! c’est lui le véritable, le redoutable!... Quelle raison valable donnerai-je ici de mon départ, moi qui ne voulais plus prendre le train, dès que nous étions à Longreuil? Un camarade malade? Il faudrait que j’inventasse quelque stratagème avec Maillac. Mais non! il me trouve trop jeune pour l’aventure...

Les avoines sont bleues, la campagne a l’air toute en zinc peint. Mes tantes méprisent ces «fastes de l’été» et soupirent après l’automne. Moi, je n’ai jamais rien préféré au plein été, mais cette fois, je ne sais pourquoi, l’automne me sera moins hostile que de coutume.

Je commence un groupe: Lili, papa et maman; pas Caroline qui déchire ses photographies, pour ne pas laisser après sa mort le moindre vestige d’elle-même, ni lettres, ni papiers. C’est une forme d’orgueil, cela. S’imagine-t-elle donc qu’on s’amuserait à construire des romans? Mais la Princesse? Pensons à l’amour. L’amour, la tendresse, il me semble que cela se donne plus simplement, à bras ouverts, sans préoccupation des autres. Mme Peglioso a-t-elle de la tendresse? Pour ses lévriers, nulle hésitation, oui! Mais les hommes ont l’air d’être ses ennemis. Elle me fait penser à tante Caroline, qui, à sa manière, dit aussi de ces mots violents, méprisants, durs, cruels. L’une et l’autre ont-elles jamais aimé? Volcans éteints? Quoi?... Quoi?...

J’écris à Jessie, je la félicite de son élévation au grade de Supérieure. Elle ne m’aura jamais donné le moindre témoignage de sensibilité. Puis-je, maintenant qu’elle est dans son couvent, lui écrire: Dear Jessie, did you ever care for your old friend? I fear I shall for ever be left out?

Juillet 20.