Dans les Vosges: «C’est de là-pas que j’esbère la venchance.»
Le pouvoir civil: où le banquier, un glaive dressé dans son poing fermé sur sa cuisse, pèse du pied sur le corps de la France terrassée.
L’esprit de Forain, ses formules aussi importantes que son dessin, dans l’ensemble de son œuvre, j’ai été obligé d’en citer de nombreux exemples dans cette étude du P’sst...![2]. On ne peut guère renvoyer le lecteur à un album du genre de ceux où différents éditeurs ont réuni les autres séries de dessins politiques ou simplement parisiens. Peu de personnes ont gardé les numéros devenus très rares de ce journal temporaire. C’est à peine si l’auteur lui-même en possède une série complète. Telle est sa modestie, si petite est l’importance qu’il semble attacher à ce qui fera sa gloire; il est si ennemi de la réclame et de la publicité modernes, qu’il lui faudrait un ami dévoué pour prendre soin de ce qui, chaque jour, tombe de son chevalet sur le plancher de son atelier: dessins, peintures, esquisses de tout genre.
[2] Le P’sst...! a été réédité en deux volumes.
Forain ne «marche pas avec le siècle». Il n’est pourtant pas arrêté, mais reprend ses pinceaux, au contraire, et couvre ses toiles de tons riches ou charmants, d’arabesques savantes, qui sont des variations sur les sujets suivants: les danseuses, les tribunaux, les scènes populaires enfin, dont certaines sont plus touchantes dans leur simplicité familiale,—mères et enfants, «maternités»,—comme l’on dit aujourd’hui—qu’on ne les attendrait de l’implacable ironiste.
Il y a quelque temps, on vit dans l’atelier de la rue Spontini des projets de tableaux religieux. La beauté de ces compositions fait espérer tout un développement nouveau, une veine peut-être féconde. La largeur et la noblesse qu’a prises la technique de Forain, peintre, nous annonce encore des chefs-d’œuvre. Je voudrais, plus tard, continuer cette étude, qui, si elle est incomplète par ma faute, l’est d’ailleurs forcément, puisque Forain n’a pas encore achevé sa destinée, mais forme au contraire mille projets de peintre.
Février 1905.
Note.—Je puis déjà, cinq ans après la publication de ce portrait, ajouter, à la liste des œuvres citées plus haut, une série de belles et précieuses «eaux-fortes» que M. Forain exécute en ce moment. Le dessin s’élargit encore, la technique de la pointe-sèche est parfaitement admirable, faisant penser à Rembrandt et à Goya. Le Christ et les Apôtres, le Calvaire, le Dernier Repas: tels sont les sujets auxquels revient ce catholique. M. Forain s’est apaisé; son visage, rose et gras, décèle une paix intérieure et un accommodement aux choses actuelles. Son esprit lui a concilié ses ennemis, qui semblent avoir passé l’éponge sur le P’sst. Il ne fume plus, il est végétarien et indulgent.