Un succès: rentrant d’un dîner, un monsieur dit à sa femme, effrayante dans son lit: «Charmant! bersonne n’a osé parler de l’Affaire Dreyfus!»

Cassation:—il n’y a pas de légende à ce beau dessin d’un juge hagard, brisant sur son genou la hampe de notre drapeau. L’éloquence poignante de ce morceau est présente à toutes les mémoires.

Au secours! «(Zola nageant vers la rive allemande.)—La Fourmi et la Cigale.—«Faut changer de quartier et nous faire protestants.»—La Plainte du sémite:—La Petite République, boudeuse, coiffée du bonnet phrygien, à l’être accablé qui se lamente derrière son fauteuil: «De quoi t’es-tu mêlé? il fallait te contenter de tripoter: c’était reçu.»—Curieux convives: un baron juif et sa baronne, inquiets, avant d’entrer dans le salon où ils vont passer la soirée: «Chut! je viens de donner quarante sous au domestique pour écouter ce qu’on dit de nous.»

L’Allégorie de l’Affaire.—Un soldat prussien, casque à pointe, attache le masque, presque japonais, de Zola devant la tête d’un boursier dont le visage est, à lui seul, une trouvaille. Si l’on a dit que Forain rappelait Daumier, on pourrait aussi bien évoquer à son sujet le nom de Rembrandt, dont les modèles héroïques ont un peu de cet accent, qui est la beauté. Qu’est-ce qu’un artiste moindre eût fait, en supposant que les légendes du P’sst...! lui eussent été données à illustrer? Dans quelle médiocrité intolérable ne fût-il pas tombé? C’est le style, cet indéfinissable don des vrais maîtres, qui sauve le côté pénible de cette campagne caricaturale. En bafouant ses adversaires, loin de les rabaisser, il les anoblit malgré lui. Il extrait de toute une race un type qui finit par avoir un caractère de médaille antique.

Il était difficile, après Daumier et sans lui ressembler, de dramatiser la silhouette du magistrat, du juge. Dans P’sst...! Forain varie indéfiniment les plis de la toge, la toque coiffant une tête non sans analogie avec celle des singes de Chardin: «Thank you, master Bard.»—«Mossieur est le correspondant du colonel Schwarzkoppen.»—Les Secrets d’Etat.—Sublime, cet oiseau de nuit avec son hermine volant au-dessus de Paris, sur qui il fait pleuvoir ses papiers secrets.

On rigole. Les généraux viennent de déposer; les robes noires, en un paquet de plis d’étoffes entremêlés, se tordent de rire, macabres et sataniques.

La proie pour l’ombre, où la silhouette projetée du magistrat se traduit sur le mur en casque à pointe: deux noirs différents, simplement obtenus par une direction différente, dans les deux parties de la composition, du gros trait de crayon Conté.

Pour en finir avec cette série, où les sujets servirent si bien J.-L. Forain, je dois rappeler quelques pages d’une invention linéaire, d’une couleur si belle, qu’ils resteront comme les points culminants de son œuvre énorme, si même l’Affaire cessait un jour d’intéresser,—ce que nous souhaitons de tout cœur,—en n’importe quel pays où ils soient gardés par des collectionneurs. La Détente. Trois hommes, dont un, chapeau de soie défoncé, visage de momie aux yeux clos ou de byzantin, hiératique dans l’exercice d’un sacerdoce, tient une pancarte où on lit l’inscription: «A bas l’armée!» Derrière, dans un cortège abruti et aviné, passant entre une haie de jeunes lignards au port d’arme, des ouvriers ou des camelots brandissent d’autres pancartes emmanchées d’un long bâton: «A bas la France, vive l’anarchie!...» C’est une marche sacrée vers la paix et le bonheur universels, par les rues de la Ville-Lumière; les «intellectuels» applaudissent à l’affranchissement de l’esprit humain.

Le rêve.—On prend le café après dîner; de jeunes Orientaux descendus des mosaïques de Ravenne sont affalés dans des fauteuils, les doigts chargés de bagues. Dans le fond du salon, des barons et des baronnes de même race. Dressé devant eux, la tasse à la main, un «gros bonnet» de la finance dit: «Nous ferons arrêter Boisdeffre par Zurlinden, Zurlinden par Pellieux, Pellieux par Jamont... et ainsi de suite jusqu’à la gauche.»

La mort de Félix Faure, titre: le Mauvais Café.