Je regrette, oserai-je avancer, qu'un solitaire courageux et désintéressé ait livré à la foule les premiers fragments d'un ensemble impossible à juger hors de l'église pour laquelle il a été conçu. L'hospitalité du Salon d'Automne était tentante, mais plutôt comme une épreuve et un renseignement pour l'auteur, que comme une présentation de sa personnalité. Je ne suis pas allé voir cette exposition.
CENT PORTRAITS DE FEMMES
ANGLAIS ET FRANÇAIS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
1909, Revue de Paris.
Grâce à la charité,—puisqu'on ose encore la faire,—nous avons parfois l'occasion de voir autre chose que des tableaux «impressionnistes». Si les pauvres tirent moins de bénéfice d'une exposition que les tapissiers et les Compagnies d'assurances, du moins le public est-il admis à s'instruire en comparant.
Le joli printemps qui ramène à Paris des milliers d'étrangers et dissimule, pour eux, nos misères et nos inquiétudes, ouvre chaque galerie dont la ville dispose en faveur de l'art. Ce renouveau de 1909, dans la folle précipitation de son délire, jette pêle-mêle sous nos yeux, à peu de distance les uns des autres, cent portraits de femmes, dus aux maîtres français et anglais du XVIIIe siècle, deux mille essais de turbulents révolutionnaires, aux «Indépendants», cinq mille ouvrages que les deux «Salons» hébergent; sans compter les ventes publiques, les étalages des marchands à la mode,—tout cela au cœur même de Paris, près des restaurants, des hôtels, des «thés», et de ces maisons de couture que le monde entier nous envie.
M. Armand Dayot a réussi à remplacer les filets du Jeu de Paume, aux Tuileries, par la plus amusante collection de visages féminins du XVIIIe siècle.
*
* *
Deux salles: l'une consacrée aux œuvres françaises, l'autre aux anglaises. On regrette un peu que la française ne soit pas ornée des boiseries claires pour lesquelles furent exécutés nos jolis cadres et nos peintures mièvres et contournées.
Telle qu'elle se présente ici, l'école française est alerte et gaie, brillante, et elle sort sans honte d'une assez redoutable compétition à laquelle, d'ailleurs, s'ils étaient encore vivants, les concurrents anglais se seraient sans doute autrement préparés. Avouons-le: Paris ne sera pas encore admis, cette fois, à se faire une idée juste des portraitistes d'outre-Manche. Si les numéros prêtés par les collectionneurs fameux, et surtout par des «négociants en art», si ces toiles sont, quelquefois, de premier ordre, elles sont, plus souvent, du second, et choisies «à l'aveuglette». Le grand, l'excellent Hogarth, sorte de Canaletto du corps humain, et qui fut bien moins un observateur des visages qu'un peintre d'anecdotes, fort et précis, est ici absolument trahi, sauf dans une belle tête de femme âgée. Le mystérieux, l'exquis poète Gainsborough donne un tel charme à tout ce qu'il caresse de son pinceau effilé que, même dans ses moments de faiblesse ou de négligence, il séduit. Romney, Raeburn, Opie, Hoppner et autres moindres maîtres de facture, on chercherait en vain à faire leur connaissance. Quant à l'étourdissant magicien Sir Thomas Lawrence et au génial Sir Joshua Reynolds, il suffit peut-être d'une seule toile due à leur maîtrise pour les révéler; mais nous aurions voulu d'autres exemples, et non ceux de leurs ouvrages que le catalogue comporte, malgré que Sir Thomas ait à son compte l'une de ces compositions où il fut sans rival: un groupe décoratif se rattachant à la tradition des Flandres et de Venise.
L'ensemble de la salle anglaise est un peu terne. Cette école pompeuse et aristocratique fut fondée par Van Dyck; ces artistes captivants, ces coloristes délicieusement aisés, mondains, rapides, souvent même trop pressés, ces producteurs infatigables, qu'une clientèle avide de poser assiégeait du matin au soir, il eût convenu de ne montrer d'eux que des chefs-d'œuvre et il n'y avait d'embarras qu'à choisir!