—Volontiers; nous descendons tous deux d'un noble Florentin nommé Gherardo Arrighetti, banni de Florence par les Guelfes en 1268. Arrighetti vint s'établir en Provence avec sa famille. Son petit-fils, Pierre, fut premier consul de la Seyne, et, dans l'acte qui en fut dressé, on le nomma Riquetti pour Arrighetti. Antoine Riquetti, sixième du nom, mort en 1508, eut sept enfants. L'ainé, Honoré, fut l'auteur de la branche des marquis de Mirabeau à laquelle j'appartiens. Le quatrième fils, Régnier, se maria en Languedoc, s'y établit, et francisant son nom, s'appela Riquet de Bonrepos. C'était votre grand-père, mon cousin, acheva le marquis, saluant courtoisement son parent.
—Riquetti ou Riquet; marquis de Mirabeau, ou seigneurs de Bonrepos, j'espère, cousin, que nos petits-fils ne laisseront pas tomber ce vieux nom, répondit gravement messire de Riquet.
Les cloches de la cathédrale sonnaient à toute volée, depuis quelques instants.
Mme de Riquet, qui s'était éclipsée, reparut, escortant triomphalement le personnage important du baptême.
Le poupon, porté par une robuste paysanne comme elle aurait tenu un vase de verre précieux, était si pomponné, si serré dans sa longue robe, si enseveli sous les rubans, si emmailloté dans ses langes, qu'il était littéralement cramoisi de chaleur et d'impatience.
Il serrait ses petits poings, fronçait le nez et manifestait sa mauvaise humeur par des grognements expressifs.
Il fut remis entre les mains de la marquise, qui le baisa, lui prédisant, comme souhait de marraine, qu'un jour il rendrait illustre le nom de Riquet.
Puis le cortège se forma pour se rendre solennellement à l'église, où fut baptisé le fils de messire de Riquet.
C'est ce Pierre-Paul de Riquet qui, soixante ans plus tard, créait le Canal du Midi, une des plus grandes œuvres du XVIIe siècle.
Il y a des hommes dont la vie s'illustre par une seule action. Lorsqu'elle est grande et utile à l'humanité, cette action suffit à leur assurer dans l'avenir un nom qui bravera l'oubli et l'indifférence de la postérité. Et si leurs descendants ont le droit d'être fiers de la gloire de leur ancêtre, n'est-ce pas un bonheur et un devoir de faire connaître à ceux qui nous suivent les œuvres de ces hommes célèbres de notre pays, et d'exciter ainsi, dans les jeunes cœurs, les sentiments de noble émulation qui font les grands citoyens.