Parmi cette correspondance se trouvait une lettre de Colbert trop flatteuse pour l'auteur du canal pour que je ne la transcrive pas ici.
30 novembre 1672.
«Monsieur,
«L'amitié que j'ai pour vous, et les services que vous rendez au roi et à l'État, dans la plupart des soins que vous prenez, et l'application toute entière que vous donnez au grand travail du canal m'avait donné beaucoup de douleur du mauvais état auquel votre maladie vous avait réduit; mais j'en ai été bien soulagé par les lettres que je viens de recevoir de votre fils du 23 de ce mois, qui m'apprennent que vous êtes entièrement hors de péril et qu'il n'est plus question que de vous rétablir et de reprendre des forces qui vous sont nécessaires pour achever une si grande entreprise que celle où votre zèle pour le service du roi vous a fait engager; et quoique cette nouvelle m'ait donné beaucoup de joie, je ne laisserai pas d'être en inquiétude jusqu'à ce que je reçoive de votre main des assurances de votre bonne santé.
»Ne pensez qu'à la rétablir, et soyez bien persuadé de mon amitié et de l'envie que j'ai de vous procurer à vous et à votre famille des avantages proportionnés à la grandeur de votre entreprise.
»Je suis tout à vous.
«Colbert.»
Jean-Mathias Riquet de Bonrepos vendit sa charge au parlement et, dès ce jour, fut associé à son père dans sa grande entreprise.
Quand Riquet fut en état de sortir, il voulut de suite visiter les travaux du canal, poursuivis durant son séjour à Cette et pendant sa maladie.
Il emmena Jean-Mathias avec lui pour l'initier aux mille détails d'une œuvre si multiple dans son unité, détails que la vue lui ferait bien mieux comprendre que toutes les descriptions.
Ils suivirent le canal de l'endroit où la petite rivière de Fresquel, qui descend des hauteurs de Naurouze, se jette dans l'Aude; là on avait construit un superbe pont aqueduc.