Il fit dire par tous les chefs d'ateliers aux six mille ouvriers réunis là qu'il doublait la paie, durant toute la percée de la montagne.

Les ouvriers séduits se remirent au travail.

Il eut de sérieux entretiens avec Pascal de Nissan, qui lui proposait de plafonner avec de forts madriers à mesure que l'on perçait la voûte, et de commencer la maçonnerie au fur et à mesure que l'on avançait.

L'idée parut bonne à Riquet qui l'adopta.

De sorte que les terrassiers, les charpentiers et les maçons, par escouades nombreuses, se succédaient ou plutôt travaillaient ensemble dans le même temps.

Riquet resta à Malpas, surveillant lui-même les travaux et animant les travailleurs de sa présence et de sa parole.

Malgré cela, on avançait lentement; quelques mètres à peine étaient percés au bout de trois jours.

Comme Riquet assistait à une pose de madriers, il vit accourir vers lui, de toute la vitesse de leurs chevaux, deux cavaliers poudreux et dont les montures à moitié fourbues attestaient la diligence que leurs maîtres avaient faite pour venir jusqu'à Malpas.

—Jean-Mathias, s'écria Riquet, apercevant son fils aîné qui descendait précipitamment de cheval, et dévisageant l'autre cavalier,—Pierre-Paul! fit-il au comble de la surprise en reconnaissant son second fils, le capitaine au régiment des gardes-françaises.

—Ah! mon cher fils, que je suis content de vous voir, lui dit Riquet, en le serrant dans ses bras; mais pourquoi tous deux ces mines attristées? Pourquoi ces habits poudreux? continua-t-il, remarquant alors seulement le désordre de leur toilette. Qu'y a-t-il? Votre mère? Vos sœurs?