—Tu connais les sources de la montagne? lui demanda vivement celui qu'il appelait M. le baron.

—C'est un peu mon métier de les connaître, répondit le nouveau venu, je suis fontainier. Si je ne connaissais pas les fontaines naturelles alors! qui les connaîtrait? dit en riant à pleines dents l'ouvrier. Je suis Pierre le fils du fontainier de Revel.

—Est-ce pour nettoyer tes fontaines, Pierre, lui demanda en souriant son interlocuteur, toutes ces plantes?

—Non, monsieur de Riquet; non, elles ne nettoyeront ni ne raccommoderont les fontaines, les pauvres; mais elles serviront peut-être à guérir quelques membres foulés ou à soulager quelques malades.

—Tu es rebouteur, en même temps que fontainier, alors?

—Non plus, monsieur le baron; je me connais un peu aux plantes de mon pays et à leurs propriétés, voilà tout. Je rêve quelquefois tout comme un autre, répondit Pierre, regardant en dessous le baron qui sourit, comprenant l'allusion. Je rêve, je cherche, et en cherchant on trouve, pas vrai?

—Si tu as trouvé ce que tu cherchais, toi, tu es bien heureux, fit le baron avec un soupir.

—C'est que mes rêves sont modestes aussi, monsieur Riquet, dit Pierre. Je cherche seulement à être utile à ceux de nos villages qui sont trop pauvres pour consulter un médecin et trop ignorants pour se soigner eux-mêmes.

—Et moi, dit le baron de Riquet rêveusement, comme se parlant à lui-même, je cherche le moyen d'être utile à tout un peuple. Puis revenant à lui, il ajouta:

—Mais tu me connais? paraît-il; je ne me souviens cependant pas t'avoir jamais employé?