Le coude sur le genou, le menton dans sa main, il restait immobile, depuis de longues heures peut-être, n'entendant même pas son cheval attaché dans le fourré qui hennissait d'impatience.

Un chant éclata brusquement sous la hêtrée: c'était une chanson naïve, dans ce patois du Languedoc, si doux à l'oreille.

Ce chant tira le penseur de sa méditation; il murmura avec un soupir:

—Allons! je ne trouve point.

Dérangé dans sa rêverie, il leva la tête et considéra le chanteur qui apparaissait sur la clairière.

C'était un homme d'une trentaine d'années, un pauvre homme, selon toute apparence, qui descendait de la montagne, les bras chargés de plantes médicinales.

Des chausses de toile, des bas bleus, de gros souliers, une veste de ratine, formaient tout son costume; la tête nue, les cheveux au vent, il avait une allure franche et honnête, son visage avait le profil accentué, le nez fin en arête, les yeux vifs de l'homme du Midi.

Il fit une grande révérence en s'avançant vers la fontaine, et dit avec une familiarité respectueuse:

—Un beau temps, monsieur le baron, quoique nous soyons menacés de sécheresse. Les ruisseaux de là haut commencent à baisser, continua-t-il en désignant du geste la montagne, la fontaine est encore aussi abondante qu'en hiver.

Il déchargea sa brassée, et la mit tremper dans le bassin.