Quand son fils empressé et joyeux vint le remercier de sa libéralité, Riquet s'abstint de toute remarque; à quoi bon gâter sa joie; mais cette pensée amère, qui le poursuivait, lui revint plus fortement:—Ceci sera le prétexte d'une calomnie. Et malgré lui, il regretta un peu d'avoir cédé au vif désir de sa famille.

Les pressentiments de Riquet ne le trompaient pas. Cette charge de maistre des requêtes valut à Mathias Riquet de Bonrepos, bon nombre de jaloux et d'envieux.

Le titre de baron qu'il ajouta à son nom mit le comble à leur envie et à leur rage.

On prévint Colbert.

On l'indisposa davantage contre Riquet, et ces deux achats malencontreux et prématurés servirent de beau prétexte aux calomniateurs.

On représentait au ministre que le créateur du canal, loin de se ruiner dans son entreprise, ainsi qu'il le prétendait, y avait gagné des sommes fabuleuses qu'il avait soustraites à l'État, qu'il menait, soit à Toulouse, soit à Bonrepos, un train de prince du sang, et que, pour mettre le comble à ses prodigalités, il venait d'acheter une charge pour son fils, et de le faire baron des États par l'acquisition d'une terre qui en conférait le titre.

On suppliait le ministre de mettre un frein à de tels scandales.

Colbert écrivit le 6 septembre 1679 à M. d'Aguesseau, à ce propos, une lettre d'une dureté inouïe.

Il disait:

«L'air que cet homme a pris de faire son fils maistre des requêtes, d'acheter une terre pour être baron des États, et autres dépenses de cette nature qui sont peut-être plus fondées sur sa vanité naturelle, que sur des richesses réelles et solides, toutes ces choses n'ont pas répandu dans le public l'opinion qu'il n'ait pas gagné dans ses travaux, et ce sera assurément ces productions de sa vanité qui agiront plus contre lui, dans cette affaire, que toute autre chose.»