—Eh quoi! une nouvelle entrave! les États refusent de tenir la parole donnée. Ah! je vous en prie, veuillez parler en ma faveur, s'écria Riquet alarmé, je suis perdu si je n'ai cette somme. J'y ai compté absolument: je ne saurais m'en passer.
—Je parlerai aux États, je vous le promets, mais il y a encore cette dette... et M. d'Aguesseau s'arrêta embarrassé, n'osant continuer.
—Qu'y a-t-il encore? apprenez-moi tout!
Il faut que je sache à quoi m'en tenir. Vous n'avez pas reçu l'ordre de suspendre encore les travaux. Ce serait trop cruel, échouer au port au moment où j'arrive, où j'aperçois le but, s'écria Riquet anxieux.
—Non, rassurez-vous, monsieur, ce n'est point un ordre du ministre. Le trésorier général veut vous retirer les fonds qu'il vous a prêtés.
—Cette prétention est indigne, répondit Riquet; j'avais sa parole qu'il attendrait l'achèvement du canal; je vais de ce pas la lui rappeler, il ne pourra la nier.
Vous, monsieur, daignez intercéder pour mon œuvre auprès des États; représentez-leur que c'est la prospérité du pays tout entier qu'ils entravent par ce refus.
Je compte sur votre éloquence, votre bonté et votre puissance, acheva Riquet en prenant congé du gouverneur.
Riquet courut chez le trésorier général qu'il trouva inflexible dans sa résolution d'exiger le remboursement immédiat des sommes dues. Alors, ne sachant à qui s'adresser, Riquet écrivit à M. de Colbert, lui promettant l'ouverture du canal pour l'année suivante:
«Je fais ce qui m'est possible, disait Riquet, afin de trouver des gens qui veuillent bien me prêter de l'argent pour me donner le moyen de finir le canal dans ce qui reste de l'année courante.