»Mais je suis tellement endetté, que, jusqu'ici, personne n'a voulu le faire; de sorte que je suis dans la nécessité d'avoir recours à vous, et de vous faire connaître mes besoins; vous le verrez dans le mémoire ci-inclus.

»J'ose me promettre que vous voudrez marquer votre volonté à côté de chaque article, afin de me mettre en état de finir heureusement mon entreprise du canal. C'est toute ma passion, et je me désespérerais si je ne pouvais pas le faire.

»Le temps échappe, et quand il est une fois perdu, il ne se retrouve jamais.»

Colbert, avec son grand sens, comprit les raisons que lui donnait Riquet, et il ordonna au trésorier général de laisser les sommes prêtées. Colbert recommandait à tous de publier la nouvelle de l'achèvement du canal dans un an, d'inviter les marchands à en donner avis dans les pays étrangers.

Il recommandait spécialement à Riquet d'envoyer de temps en temps des articles sur le canal à l'abbé Renaudot[11] pour mettre dans sa gazette.

Monsieur d'Aguesseau tint religieusement la promesse qu'il avait faite d'intercéder auprès des États du Languedoc. Il parla chaleureusement et obtint les trois cent mille livres indispensables à Riquet.

Il lui apprit ce résultat dans une lettre charmante; et Riquet eut, en la lisant, un sourire joyeux.

—Allons, dit-il, les honnêtes gens s'entendent toujours entre eux!

Il revint alors à ses travaux, l'esprit rasséréné sur la question pécuniaire, mais le corps malade.

Cette dernière lutte l'avait brisé. Il éprouvait des douleurs au cœur, qui le faisaient souffrir cruellement. Parfois il sentait le sang envahir violemment les artères, il étouffait, il restait sans haleine, les yeux voilés, attendant que les spasmes se dissipassent; et ce n'était qu'avec un effort de volonté qu'il surmontait le mal et s'occupait encore activement du canal dont il organisait alors le fonctionnement.