—Oui, monsieur Riquet, oui. Mais à quoi cela vous servirait-il de trouver ce point de partage? demanda Pierre.

—A quoi? à quoi? à unir deux mers, s'écria Riquet avec orgueil.

Et comme les yeux de Pierre tout surpris interrogeaient:

—Les gens d'ici disent que je suis un rêveur, répondit-il à cette question muette. Eh bien! oui! j'ai rêvé de créer un canal qui ira s'amorçant à la Garonne aux portes de Toulouse, traversera tout notre pauvre pays si sec, si aride et ira rejoindre la mer Méditerranée par l'étang de Thau, près de Cette, créant ainsi par le fleuve et le canal une communication constante entre les deux mers.

L'eau, c'est la richesse d'un pays.

J'ai rêvé de remplacer les marais, les terrains incultes qui couvrent une partie du Languedoc par des cultures qui enrichiront cette province. J'ai rêvé d'amener l'abondance avec le commerce.

J'ai rêvé que le détroit de Gibraltar cesserait d'être un passage forcé pour les marchandises françaises, et qu'elles ne payeront plus tribut au roi d'Espagne, mais au roi de France! N'est-ce pas une grande idée, Pierre?

—Oh! monsieur Riquet, c'est grand ce que vous voulez faire là! s'écria Pierre avec admiration. Et personne avant vous ne s'était avisé de ça?

—Si, Pierre, si; d'autres, avant moi, avaient fait des projets de canaux, mais ces projets, mal digérés, mal compris, n'ont jamais été réalisés.