CHAPITRE TROISIÈME
Riquet suivi de son disciple descendit de la montagne.
Aussitôt arrivé à Bonrepos, il s'occupa activement des préparatifs de son excursion. Il désirait la faire dans les conditions les plus simples, afin de n'être embarrassé par rien, ni par personne.
Il voulut n'emmener que Pierre comme guide et un seul domestique pour prendre soin des chevaux et de la mule chargée des provisions.
—Un cheval pour moi, monsieur Riquet! s'écria Pierre, lorsqu'il apprit ce projet. Moi à cheval! continuait-il indigné, c'est faire injure à mes jambes que de les croire incapables de vous suivre, de vous précéder, vous et votre monture! moi à cheval, mais je le fatiguerai votre cheval, vous le verrez, il demandera grâce, je vous l'assure.
—Ne te fâche pas, il sera fait comme tu voudras. Ne me rends pas fourbu mon cheval, c'est tout ce que je te demande, lui répondit en riant Riquet, qui, connaissant cette race de coureurs montagnards, laissa faire à l'artisan ce qui lui plaisait.
Riquet se trouvait seul en ce moment au château de Bonrepos. Sa femme et ses filles, encore au couvent et toutes jeunes fillettes, ne devaient venir l'y rejoindre que quelques jours plus tard, à l'occasion d'une visite que monseigneur d'Anglure, archevêque de Toulouse, leur ami, leur avait promis de faire pendant quelques jours à Bonrepos, au cours d'une tournée pastorale.
Le fils aîné de Riquet, Jean-Mathias, qui venait de se marier à mademoiselle Louise de Broglie, habitait Toulouse où il était conseiller au parlement, et son second fils, Pierre-Paul, suivait dans cette même ville, à l'Académie, les cours militaires d'élèves-officiers.
Libre de lui-même, Riquet résolut de commencer de suite ses recherches, et le lendemain, les préparatifs terminés, on se mettait en route.