Tout à coup l'eau se sépara visiblement en deux petites rigoles qui coulèrent l'une d'un côté du versant de la montagne et l'autre du côté opposé, suivant naturellement la pente qu'elles côtoyaient.
—J'ai trouvé, s'écria Riquet, se levant d'un bond; regarde, Pierre, voici le point de partage, fit-il, montrant à l'ouvrier d'un doigt tremblant les filets d'eau.
Puis il se tut, immobile, réfléchissant.
Pierre considérait le penseur sans oser l'interroger davantage.
—Tu m'as dit, demanda Riquet sortant brusquement de sa rêverie, que tu connaissais tous les détours de la montagne et les sources ou ruisseaux qui en découlent?
—Oui, monsieur Riquet, depuis mon enfance, je cours dans ces bois, il n'est pas un coin qui me soit inconnu.
—Veux-tu me servir de guide? Voyons, ta fortune est là peut-être?
—La fortune, fit l'ouvrier insouciant, en haussant les épaules et riant; on dit qu'il faut l'attendre chez soi, j'ai toujours trop aimé courir pour la rencontrer; mais je vous suivrai, monsieur Riquet, sans l'espoir de saisir son cheveu qui me glisserait entre les doigts. Je vous guiderai avec bonheur, continua sérieusement l'ouvrier, je vous suivrai toujours, je suis si heureux que vous vouliez bien m'associer à une si grande œuvre.
—Eh bien! ami Pierre, dit Riquet joyeusement, partons, retournons à Bonrepos, je compte sur toi, tu ne me quittes plus. A bientôt notre première excursion dans la montagne Noire. Au revoir, petite source, d'où sortira mon canal!