Riquet, quittant à regret son travail, revint vers l'endroit choisi pour la couchée, où le domestique les attendait et avait préparé un souper froid.
Le repas terminé, Riquet s'étendit au pied d'un chêne, roulé dans son manteau, et s'endormit de ce bon sommeil du travailleur et de l'enfant.
Le lendemain et les jours suivants les mêmes travaux se poursuivirent, tantôt sur les rives du Bernassonne et du Lampy, tantôt sur le Rieutord impétueux, tous affluents du Fresquet.
Riquet résolut de ne faire qu'une rivière de ces quatre torrents, de les détourner et de les dériver jusque dans la rivière du Sor.
Il redescendit ensuite la montagne jusqu'à Revel en contournant cette dernière rivière, et se convainquit qu'il faudrait, par une puissante digue, élever les eaux du Sor jusqu'au Rieutord pour les amener à un col de la montagne, creuser un passage, redescendre à Durfort, et de là, enfin, au point de partage, à la fontaine de la Grave.
Il fit sur les lieux des dessins, et des plans informes, propres à fixer ses souvenirs.
—Je ferai refaire tout cela, disait-il, je ne suis pas un ingénieur, moi: mais j'ai mon canal dans la tête, il faudra bien qu'il en sorte.
Pierre, plein d'admiration, l'écoutait, l'aidait de toutes ses forces; l'esprit vif et ouvert, il comprenait à demi-mot, et il était suffisamment instruit des choses hydrauliques pour lui être utile.
Enfin Riquet rentra à Bonrepos.