François Andréossy était un jeune homme maigre et brun, petit et bien pris dans sa taille; l'œil était sombre, profondément enfoncé sous l'arcade sourcilière; le regard très noir était un peu fuyant.
Il parlait bien, avec calme, s'observant beaucoup et observant encore davantage les autres.
Il connaissait à fond les questions dont Riquet l'entretenait; par la clarté de ses idées, la perspicacité de ses vues, il résolvait des problèmes qui paraissaient insolubles.
Aussitôt après le départ de monseigneur d'Anglure, Riquet l'installa définitivement à Bonrepos: il se l'attacha en qualité d'ingénieur, pour le grand travail qu'il méditait.
Andréossy s'ingénia à plaire à tout le monde au château, fut aimable, rempli d'attentions pour Mme Riquet et ses filles, se fit gai compagnon avec Paul de Bonrepos, le fils cadet du maître du logis, et plein de déférences pour Riquet lui-même.
D'ailleurs celui-ci comprit de suite la haute valeur du jeune ingénieur, l'apprécia, et n'hésita pas à lui confier outre l'ensemble de son projet, une partie de ses plans, qu'Andréossy se chargea de dresser et de mettre au net.
Plus tard même, en visitant le tracé de Riquet, il releva des erreurs de calcul, fit admettre des rectifications de passage et réforma les points défectueux.
Malgré les grâces déployées par Andréossy auprès de Mme Riquet, celle-ci ne l'aimait point.
—Vous en direz ce que vous voudrez, répétait-elle à son mari qui la gourmandait de l'indifférence, presque de l'hostilité qu'elle montrait au jeune homme, vous en direz ce que vous voudrez, il ne me plaît pas, à moi, votre Lucquois. Il a du talent, soit; il fait des plans qui sont superbes, tant mieux; mais croyez moi, défiez-vous de lui. Il a une figure de faux témoin; voilà mon opinion.