—Vous êtes le maître, monsieur, lui répondit sa femme. Seulement ne creusez pas un canal pour nous noyer tous.

Satisfaite de son innocente plaisanterie, elle lui tendit la main que son mari baisa galamment en lui disant:

—Ma mie, je sais nager et je m'engage à vous sauver.

A la fin de l'automne, Riquet reconduisit sa femme à Toulouse, ses filles au couvent et son fils à l'Académie. Puis ses affaires financières expédiées, il revint à Bonrepos, allant de là tantôt à Revel, tantôt à Béziers et jusque dans le midi, vers l'étang de Thau, accompagné par Andréossy.

Ils firent faire sous leurs yeux des nivellements par Pierre qui ne quittait jamais Riquet.

Riquet s'occupa ainsi pendant deux années de l'exécution de son projet, s'entendit avec des entrepreneurs pour les maçonneries, avec des usiniers pour les fers dont il aurait besoin, fit des devis, se rendit compte des moindres dépenses qu'il faudrait faire; et, alors seulement, il revint à Toulouse voir monseigneur d'Anglure.

—J'ai travaillé pour la vérification du canal avec tant de soin, dit-il à l'archevêque, qu'à cette heure, j'en puis parler avec certitude, et vous annoncer en toute vérité que la chose est sûre; j'ai passé partout, le niveau et le compas à la main. Je vous apporte aujourd'hui les plans et devis, jugez-en, monseigneur.

—Il faut écrire à M. de Colbert, lui répondit l'archevêque de Toulouse. Je vais en faire autant de mon côté, et si la réponse tarde, vous partirez pour Paris, et il faudra que le ministre vous écoute.

Riquet adressa alors à Colbert cette première lettre si simple, et qui résume si bien son projet[3].

Du village de Bonrepos.
Monseigneur,