«Je vous écris de ce village sur le sujet d'un canal qui pourrait se faire en Languedoc, pour la communication des deux mers. Vous vous étonnerez que j'entreprenne de parler d'une chose qu'apparemment je ne connais pas, et qu'un homme de finances se mesle de nivelage; mais vous excuserez mon entreprise, lorsque vous saurez que c'est d'ordre de monseigneur de Toulouse que je vous écris.
»Jusqu'à ce jour on n'avait pensé aux rivières propres à servir, ni su trouver des routes aysées pour le canal, car celles qu'on s'était imaginées étaient avec des obstacles insurmontables de rétrogradations de rivières, et de machines pour élever les eaux. Aussy croyez que ces difficultés ont toujours causé le dégoût et reculé l'exécution de l'ouvrage; mais aujourd'hui, monseigneur, qu'on trouve des rivières qui peuvent être aysément détournées de leur ancien lit, et conduites dans ce nouveau canal toutes les difficultés cessent, excepté celle de trouver un fond pour subvenir aux frais du travail. Vous avez pour cela mille moyens, monseigneur, et je vous en présente encore deux, dans mes mémoires cy-joint, afin de vous porter plus facilement à cet ouvrage que vous jugerez très avantageux au roi et à son peuple.»
Puis Riquet énumérait les avantages qui devaient résulter pour le commerce de l'établissement du canal et il terminait ainsi:
«Que si j'apprends que ce dessein vous doive plaire, je vous l'enverrai figuré, avec le nombre des écluses qu'il conviendra de faire, et les calculs exacts des toises du dit canal, soit en longueur, soit en largeur, etc., etc.»
Le 26 novembre 1662, Riquet envoyait sa lettre au ministre de Louis XIV.
CHAPITRE CINQUIÈME
Riquet attendit vainement une réponse durant six mois. Inquiet, ne sachant que penser d'un silence qui lui paraissait intolérable, il recourut encore à monseigneur d'Anglure, et alla lui faire part de ses angoisses.
—Eh bien! mon cher Riquet, avez-vous enfin une réponse? lui demanda l'archevêque, lorsqu'il entra.