—Non, monsieur, je ne vous demande que d'écouter, et non pas de vous engager à rien avant d'avoir ouï les projets que mon protégé doit vous soumettre, et qui, j'en ai la conviction, sont dignes de tout votre intérêt.

Voulez-vous le recevoir?

—Allons je le verrai, pour vous être agréable, monseigneur. Qu'il vienne, et se présente en votre nom; mais s'il est à Toulouse!... répondit Colbert achevant sa pensée par un geste qui semblait dire ouf! j'ai le temps.

—Que nenni, monsieur le contrôleur, vous n'y échapperez pas, il est ici. Et faisant un signe à Riquet qui s'approcha, l'archevêque le présenta.

—Pierre-Paul Riquet, baron de Bonrepos, dit-il.

—Je suis pris, s'écria Colbert, en souriant: Que votre grandeur daigne entrer, et vous aussi, monsieur, fit-il à Riquet; et à son tour il pénétra dans son cabinet.

Un secrétaire venait bientôt annoncer à la foule qui se pressait dans le salon d'attente que le contrôleur général ne recevait plus ce jour-là.

Jean Baptiste Colbert, contrôleur général depuis 1661, surintendant des finances depuis un an, était né en 1609 à Troyes.

Il était un simple bourgeois, fils d'un marchand de draps de cette ville, adopté par son oncle Odart Colbert, riche négociant en blés, en vins et en étoffes.

Ce dernier, comprenant la capacité de son neveu, sentit que la petite ville natale n'était pas un lieu propre à développer son génie; aussi plaça-t-il son neveu et héritier chez deux italiens, Maseranni et Cenami, qui étaient les banquiers du cardinal Mazarin.