Les affaires personnelles, si nombreuses, si compliquées, de ce grand politique mirent à plusieurs reprises en rapport le jeune commis et le ministre qui put ainsi apprécier son esprit net, ferme, et profond, sa droiture inébranlable, sa persévérance et son exactitude dans ses engagements. Mazarin s'attacha particulièrement le jeune Colbert, le fit entrer dans ses bureaux, et Colbert fut un des hommes que Mazarin employa le plus activement dans les dernières années de son ministère.
Il le choisit même pour un de ses exécuteurs testamentaires.
Le cardinal conserva toujours, jusque pendant la maladie dont il mourut, la direction des affaires; mais Colbert assistait à toutes les conférences.
—Sire, dit le cardinal Mazarin avant de mourir au jeune roi qui écoutait avec déférence ses derniers avis et ses recommandations suprêmes, sire, je vous dois tout, mais je crois m'acquitter en quelque sorte envers votre Majesté en lui donnant Colbert.
Louis XIV accepta le legs de son ministre, et Colbert hérita de presque toutes les charges de son protecteur.
Du reste Mazarin ne s'était pas trompé sur la valeur et le génie de l'homme appelé à lui succéder.
Une volonté ferme, énergique, de faire le bien, une tendance prononcée à l'unité dans l'état et dans le gouvernement, un amour ardent de l'égalité, autant que cela était possible et se pouvait comprendre au XVIIe siècle, une puissance et une passion de travail qui se manifestaient par un labeur assidu de chaque jour; tels furent ses titres au pouvoir et aux honneurs pendant sa vie, et à la gloire après sa mort.