Colbert n'oublia pas que, si l'industrie et le commerce font la fortune d'un pays, les lettres et les arts en peuvent faire la gloire. Il fonda, en 1663, l'Académie des inscriptions et belles-lettres, en 1671 l'Académie d'architecture.

Il établit l'école de Rome telle qu'elle fonctionne encore aujourd'hui.

Il éleva l'Observatoire où il appela Cassini[6]. Paris lui doit des quais, des places, la colonnade du Louvre.

En 1669, le roi ajouta à ses attributions le département de la marine avec cinquante bâtiments de guerre seulement: en 1681, la France victorieuse sur mer comptait cent quatre-vingt-dix-huit vaisseaux ou galères. Son opposition à la politique funeste de conquêtes de Louvois, le ministre de la guerre, devint une lutte de tous les instants. Colbert prévoyait sagement où nous mèneraient ces guerres, souvent injustes. Il crut de son devoir de Français, de prévenir le roi qui lui répondit, le 16 avril 1671, une lettre fort dure.

Les avertissements d'un sage sont presque toujours mal reçus, surtout d'un jeune roi que la gloire enivrait. L'influence de Colbert diminuait; il restait ministre, mais sa position devint chaque jour plus difficile.

En 1680, il accompagna le roi dans son voyage aux Pays-Bas. Il y prit une fièvre maligne. Un médecin anglais le sauva avec du quinquina, remède très peu connu encore.

Trois ans plus tard, alors que, la France menacée de tous côtés, la guerre renaissait plus acharnée, Colbert eut une seconde atteinte de cette fièvre. Ce ne fut pas la maladie seule qui le terrassa et le mit au tombeau; non, il mourut d'un mot et d'une ingratitude.

Louis XIV achevait en même temps les grands travaux de construction du palais de Versailles. Colbert était chargé de solder les mémoires et d'en réviser les comptes.

Louvois surveillait ces travaux et ces dépenses avec une attention extrême.

Il crut, ou feignit de croire que Colbert avait laissé passer, sans le vérifier, un marché onéreux pour la grille qui ferme la grande cour du château. Il s'empressa d'en avertir le roi.