—Je n'y entends rien, voyez-vous, monsieur Riquet, aux comptes et à tous ces embrouillages-là; l'argent et moi, je ne sais pas ce que nous nous sommes fait, mais nous ne pouvons pas nous souffrir.

Les ouvriers, bien payés, travaillaient avec courage; aussi l'œuvre avançait-elle avec une célérité inouïe pour l'époque.

On était habitué alors à se hâter lentement; et si l'on ne mettait plus des siècles, comme au moyen-âge, pour achever une église, les années semblaient courtes pour édifier un monument.

Le temps gagnait de la valeur, mais il n'était pas encore, selon l'expression anglaise, de l'argent. Time is money (le temps c'est de l'argent), dit le proverbe anglais: au XVIIe siècle ce n'était encore que du plomb.

Cependant Riquet pris d'une ardeur fiévreuse stimulait le zèle de tout ce monde d'ingénieurs, de maçons, de terrassiers, qui grouillait sur tout le parcours du canal.

—Je suis vieux, répétait-il à sa femme et à son fils, qui cherchaient à calmer son impatience; songez donc, si j'allais ne pas pouvoir terminer mon canal.

Dès le mois de juillet suivant, il écrivait à Colbert:

«Mon travail avance, de sorte que sa fin ne sera guère éloignée de son commencement, et que bien des gens seront surpris du peu de temps que j'y aurais employé.»

Malgré cette bonne volonté et cet entrain des ouvriers, des difficultés sérieuses commençaient déjà pour Riquet.

Le 15 avril 1667, on avait posé la première pierre du vaste bassin de la montagne, qui fut édifié non loin des pierres de Naurouze, en arrière de la fontaine de la Grave, dans le vallon de Vaudreuil qu'il remplit entièrement. Le nombre des ouvriers nécessaires augmentait chaque jour dans les chantiers du canal. Riquet avait presque épuisé ses ressources personnelles.