Venaient d'abord les forgerons, portant sur l'épaule leurs lourds marteaux, puis les maçons avec la règle d'une demi-toise, puis le groupe des charpentiers avec l'herminette dont l'acier brillant reflétait les rayons du soleil et semblait lancer des éclairs.
A la suite, un petit bataillon de femmes; Pierre avait choisi les plus jeunes et les plus jolies, toutes portaient des palmes vertes qu'elles agitaient en criant:
—Vive le canal du Midi!
Les farandoleurs, vêtus d'une veste blanche que serrait à la taille une ceinture aux couleurs de Clémence Isaure, or, violet et rose, le chapeau enrubanné, marchaient après, précédés de leurs tambourineurs qui marquaient le pas, en frappant à coups sourds sur leurs longs tambourins, pendant que les galoubets déchiraient l'air de leurs cris stridents.
Riquet suivait à cheval, simplement vêtu de brun, mais le visage resplendissant de joie, car c'était sa fête à lui, c'était sa fortune, la réalisation des projets de toute sa vie, de toutes ses espérances qui s'étalaient à ses yeux; il allait ainsi, comme dans un rêve. Ce n'était pas la première écluse qu'il voyait achevée, mais son canal tout entier.
Après Riquet, marchaient les capitouls de Toulouse, suivis de la garde urbaine. Puis, ses massiers le précédant de quelques pas, venait le parlement, dont les robes rouges, les mortiers de velours galonnés d'or jetaient une note éclatante au milieu de ce fourmillement de couleurs.
Enfin les carosses des archevêques de Toulouse et de Narbonne, des évêques de Béziers et de Carcassonne, s'avançaient lentement, entourés des suisses, des porte-croix, des porte-crosses, et des enfants de chœur agitant les encensoirs ou portant les bénitiers dans lesquels trempaient les goupillons d'argent. A ce moment, de la foule échelonnée sur le passage du cortège, un groupe de chanteurs entonna le chant national du Languedoc. Tous les fronts se découvrirent à l'exemple de Riquet qui, ravi, souriant à la foule, leva gracieusement son chapeau.
On était arrivé.
Après que chacun eut pris la place assignée par l'ordonnateur, le cortège religieux s'avança jusqu'aux bords du bassin.
Un chant liturgique se fit entendre, puis la voix de monseigneur d'Anglure s'éleva, forte et vibrante, dans un silence profond, et prononça les paroles de la bénédiction.