Riquet se rendit à Toulouse pour l'adjudication aux enchères publiques, misa le plus haut et obtint l'entreprise, malgré ses rivaux qui, par une indigne manœuvre, lui firent payer un prix beaucoup trop élevé.
—Comment allez-vous faire, monsieur, lui demanda l'ingénieur Roux qui était devenu son ami, pour acquitter le prix de cette adjudication?
—Coûte que coûte, je trouverai, répondit Riquet.
En effet, il emprunta à gros intérêts sur son canal et paya les premiers arrérages au Trésor.
Au printemps de 1669, Riquet harassé d'esprit et de corps revint à Bonrepos; de là il se rendait au bassin de Saint-Fériol, dont il surveillait la construction et tout près duquel il faisait préparer une installation pour lui et sa famille.
Il était soucieux depuis quelque temps; le ministre réclamait impérieusement les deux cent mille livres dues sur les gabelles, et Riquet, ne voulant pas pressurer les populations en retard, hésitait à jeter dans le gouffre, où toute sa fortune s'était engloutie, les derniers trois cent mille livres qu'il réservait pour la dot de ses chères filles; non qu'il doutât du succès de son œuvre; mais il voyait que la réalisation de ses espérances pouvait tarder, et c'était priver ses filles d'un établissement immédiat. Ce cruel souci de l'avenir de ses enfants, de leur fortune qu'il sacrifiait à sa gigantesque entreprise, le plongeait souvent dans d'anxieuses méditations.
Un jour, livré à ses sombres réflexions, il en fut tiré par une voix qui le saluait d'un bonjour amical.
—Puisqu'il faut, pour vous trouver, venir au milieu des maçons, disait la voix, me voici.
Riquet releva la tête.
—Monsieur Sarrat, vous ici! fit-il, tendant la main à son interlocuteur. M. Sarrat était un très riche négociant de Revel et le premier magistrat de la ville.