M. Andréossy et M. Roux ont massé nos ouvriers autour du bassin en construction pour empêcher les dégâts, et nous sommes accourus M. Andréossy et moi vous avertir.
—Quels sont ces gens? que veulent-ils? demanda Riquet.
—Ce sont de pauvres gens exaspérés contre vos collecteurs; il paraît que le 8 mai il y a eu des troubles à Toulouse.
Le gouverneur a dû envoyer la troupe du roi; un grand nombre de ces rebelles sont dans les prisons de la ville. Du moins c'est ce qu'ils disent tous.
—Il faut les calmer, fit Riquet, prévenir toute sédition grave; et se levant vivement, il alla s'entendre avec Andréossy sur les mesures à prendre, en cas d'attaque du château, puis donna les ordres pour son collecteur qu'il chargea Pierre de trouver et d'avertir à l'instant.
Il devait y avoir deux saisies, ce jour-là, à Mont-Maur; Pierre en informa Riquet et sur son ordre s'y rendit en hâte.
Les paysans du village de Mont-Maur s'étaient réunis chez l'un des futurs expulsés; des bûcherons et bûcheronnes s'étaient jointes à eux; et là, au nombre d'une trentaine, ils buvaient, discutaient, encouragés et excités par quelques femmes, plus acharnées qu'eux encore à la résistance.
—A Toulouse on a commencé, disaient-ils; nous allons nous affranchir enfin de cette gabelle!
—Moi, se prit à dire Rousse, le paysan maître du logis, voici une hache qui fendra la tête au collecteur. Qu'il me saisisse s'il l'ose!